PROJET
Bellême
LIEU
Orne, France

Porte Saint-Sauveur

Ancien porche de Bellême, la porte Saint-Sauveur est un élément constituant de l’ensemble fortifié de la ville. Erigées au cours du Xe-XIe siècle, les fortifications servaient initialement à défendre les lieux et faisaient de Bellême une véritable place forte. Mais le commerce remplaça peu à peu la guerre. Au Moyen-âge, la seigneurie de Bellême s’étendaient en effet sur un territoire long d’environ 120 kilomètres, traversé de larges vallées qui constituaient autant d’axes de communication entre la Normandie et les pays de la vallée de la Loire. Durant des siècles, il y eut ainsi un passage constant de voyageurs et de marchandises qui généra un essor économique considérable.

Dans un souci de restauration qualitative de la porte Saint-Sauveur, la ville de Bellême a souhaité réaliser une étude avec l’aide de l’atelier Touchard afin de mieux la connaître et la comprendre. Cette étude a ainsi pour ambition de donner une meilleure connaissance de cet édifice et des œuvres bâties toujours présentes pour les replacer dans leur contexte urbain et historique plus général afin d’en préciser la valeur patrimoniale.

Composée d’un porche flanqué de part et d’autre de deux tours, celle de Blandé au nord puis celle de l’ancien grenier à sel au sud, la porte Saint-Sauveur est un ouvrage complexe qui a la particularité d’être une architecture à la fois militaire et civile. Edifice témoin de l’histoire de Bellême et de ses fortifications, elle révèle les différentes transformations que connut la ville au fil des siècles.

Les façades ouest, sud et nord sont ainsi particulièrement intéressantes en ce qu’elles témoignent du passé militaire de Bellême. Entièrement équipées de canonnières, la tour de Blandé et celle de l’ancien grenier à sel défendent en effet la porte d’accès à la ville en venant de Rouen. Le porche en lui-même est rythmé par la porte donnant accès à l’extérieur depuis les remparts, l’emplacement d’une ancienne herse située à mi-parcours, puis une dernière porte donnant accès à la ville close. La porte Saint-Sauveur donnait ainsi auparavant le passage au travers des hauts remparts, malheureusement démolis mais dont on peut encore deviner la grandeur. Quelques pierres d’arrachement révèlent en effet le niveau de l’ancienne arase du rempart, dont les vestiges témoignent de sa hauteur.

Initialement destinée à un usage militaire, la porte Saint-Sauveur devient cependant une architecture civile à la fin de la Guerre de Cent ans : le nouvel usage de cet édifice originellement voué aux activités militaires a ainsi provoqué la disparation d’éléments anciens auparavant nécessaires qui perdurent désormais à l’état de trace. Côté ouest, compris dans un corps de bâtiment, le porche se trouve au-dessous d’une architecture civile qui témoigne de trois générations de maçonnerie. Initialement destiné à un usage militaire, le mur de défense est néanmoins démonté et remonté en arrière à la fin du XVe siècle pour former un balcon et aménager une fenêtre gothique désormais comblée. Ce corps de logis sera à nouveau modifié au XVIIe siècle avec la création d’une nouvelle fenêtre, qui apporte davantage de lumière naturelle.

La porte Saint-Sauveur révèle désormais de graves pathologies qui portent atteinte à sa conservation. En effet, à la fin de la Guerre de Cent ans, une partie de l’édifice militaire est transformée en grenier à sel : un demi-millénaire de stockage de sel a ainsi fortement dégradé l’ancien porche. Le traitement du sel sur l’ensemble de la travée sud de la porte Saint-Sauveur constitue donc un enjeu majeur : la restauration et la mise en valeur du porche passe avant tout par sa désalinisation.

Cette étude a également demandé un travail d’archives qui a permis d’obtenir des précisions concernant l’histoire de la ville et de ses fortifications. Ensemble historique remarquable, la porte Saint-Sauveur est malheureusement méconnue : elle mériterait d’être mise en valeur. Une réflexion sur l’usage de cet ensemble et une programmation adaptée permettraient de révéler ses fonctions d’origine et serviraient deux domaines, l’un patrimonial, l’autre touristique.

Maître d’ouvrage

Commune de Bellême

Opération

Restauration